|
Bien que j'aie appris à leur donner presque autant de crédit qu'à Jean-Claude Van Damme et que rien ne devrait plus m'étonner désormais, l'admirable sens des priorités des médias me laisse toujours aussi pantoise.
Non ne je fais pas allusion à la burqua qu'on veut arracher aux 2000 têtes harcelées par la minorité visible au nom de la dignité de la femme, ni à la burqa derrière laquelle Ribéry ferait mieux de se cacher s'il veut que la France lui lâche les basques quant à son cadeau d'anniversaire humain (dignité de la femme on disait?).
Je pense plutôt à l'autre burqa du moment, plus grande, plus noire, plus grave, celle qui cache des délits beaucoup plus inculpables et qui en englue plus d'un : cette gigantesque marée noire qui a suivi l'explosion puis le naufrage de la plateforme pétrolière de British Petroleum et qui continue de s'élargir à raison de 5000 barils / 800.000 litres de pétrole supplémentaires par jour au nez de la faune et de la flore abondante du golfe du Mexique. Pauvre Louisiane, Katrina s'est assuré une descendance!
Le spectacle dure depuis 9 jours, dans l'attente que la surface de la nappe atteigne 3 fois la Belgique. Tout le monde détourne le regard, les british y compris! C'est une "catastrophe nationale" alias américaine. Tandis que les niches de pétrole au pôle nord elles sont une affaire internationale!
"Je continue à penser que la production pétrolière américaine joue un rôle important dans notre stratégie de sécurité énergétique, mais j’ai toujours dit qu’elle devait se faire de façon responsable, pour la sécurité des employés du secteur et la protection de l’environnement". Barack Obama.
Il y a des fois où je me demande si Obama excelle également dans autre chose que le discours ... Je me demande aussi s'il ne prend pas tous ces écolos juste pour des zigotos. Ze sustainable development n'a pas l'air d'être sa tasse de thé. Quel ennui quand ça s'impose à son planning! Copenhague paraissait emmerder sa nouvelle loi sur la santé, et ce déluge pétrolier vient maintenant tarabiscoter sa décision du 1er avril qui était de donner le feu vert à de nouvelles stations de forage tous azimuts. Comme si la centaine de plateformes pétrolières avoisinantes ne suffisaient pas. Qui a dit que l'or noir perdait de son attractivité?
L'exploitation pétrolière en mer n'est pas encore sur la pente descendante. Elle est juste suspendue : "aucun nouveau forage n’a été autorisé et aucun ne le sera tant que nous n’aurons pas déterminé ce qui s’est passé et s’il s’agit d’un événement exceptionnel ou que l’on aurait pu empêcher". L'évènement n'est pas plus exceptionnel que les précédents. Et les causes non plus : des compagnies pingres en dépenses de dispositifs de sécurité ("pu empêcher?"). Les 11 disparus après l'explosion ne sont même pas évoqués. Le but est de creuser, trouver, empocher et basta. Aux gouvernements de procéder aux fouilles et aux bénévoles de nettoyer les côtes.
Et le monde de se demander qui va payer la note ! Erreur. Le concept du pollueur payeur ne s'applique pas aux géants du pétrole comme la BP. Et d'ailleurs ça n'a aucune importance. Les dégâts écologiques sont irréversibles. Si dédommagement il y a, seuls les pêcheurs ou les quelques dégâts récupérables de l'économie maritime qui en dépendait peuvent y prétendre. Ce ne serait pas cher payé. Mais ça relève quand même d'une justice improbable dans le monde des affaires : les meilleures entourloupettes des meilleurs avocats au monde dont BP peut s'offrir les services viendront "noyer le poisson" et dans une semaine personne n'en parlera plus.
Réflexion faite, tout ceci n'est pas grand chose finalement. Ca ne se passe pas sous nos yeux, ça n'a abattu aucune maison, ça n'a noyé aucune voiture et personne n'a été privé de jus. Pourquoi s'en soucier?
Réaliser la portée des dégâts qui ne nous affectent pas personnellement n'est pas encore dans nos cordes. Bien que notre hôte la Terre nous ait d'ores et déjà manifesté sa fièvre à plusieurs reprises, attendons encore. Soit que des sardines qu'on nous persuadera par tous les moyens être comestibles viennent capoter notre système immunitaire, soit qu'une seconde éruption volcanique chauffe les cieux clouant au sol plus d'un continent et faisant couler plus d'une compagnie aérienne. Ca n'a rien d'improbable.
Mais pourquoi évoquer les compagnies aériennes? Parce que l'économie est manifestement le seul souci qui vaille la peine et attire l'attention. Si l'économie se fout des bébés orangs-outangs, elle se foutra moins de ses rentrées d'argent. Son incorrigible tohu-bohu n'est pas sans conséquences sur le climat qui n'est à son tour pas sans conséquences sur l'activité du magma et la poussée d'Archimède dans les cheminées volcaniques. Faire joujou avec plus grand qu'elle lui vaut de réduire aussitôt ces supposés maîtres des airs à plus fragiles que de vulgaires avions en papier.
En attendant Greenpeace peut toujours jacasser, à moins de changer d'interlocuteur (ou de coupable!) : à quoi lui sert-il de se plaindre à l'Etat de ces requins quand ce sont ces mêmes requins qui financent les campagnes de ces hommes d'Etat ?




















